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Enjeux/Conséquences / ARTICLE
 
GUERRE EN IRAK Le premier ministre israélien, qui espère que la victoire américaine accroîtra la pression sur Damas, évoque des concessions sur les colonies
Israël incite Washington à s'occuper de la Syrie
Washington ne cesse de multiplier les accusations à l'encontre de la Syrie. Après avoir reproché à Damas de faciliter la fuite de hauts responsables irakiens et de laisser entrer par autobus entiers des «mercenaires» en Irak pour combattre les forces américano-britanniques, les Etats-Unis sont persuadés que ce pays abrite des armes de destruction massive. «Nous croyons qu'il y a des armes chimiques en Syrie», a déclaré hier George W. Bush. Le président américain a toutefois écarté, pour l'heure, l'hypothèse d'une intervention américaine en Syrie. «Chaque situation nécessite une réponse différente. Maintenant, nous sommes en Irak. La deuxième chose, à propos de la Syrie, c'est que nous nous attendons à sa coopération», a-t-il déclaré.


Ariel Sharon veut gagner du temps


Jérusalem : de notre correspondant Pierre Prier
[14 avril 2003]

Après l'Irak, la Syrie ? Israël ne cache pas son désir de voir les États-Unis s'occuper de son voisin du Nord, seul pays frontalier, avec son «protectorat» libanais, avec lequel il n'a pas signé de traité de paix. Israël souhaite que Damas cesse de donner l'hospitalité aux directions extérieures des partis islamistes palestiniens, le Hamas et le Djihad islamique.

Ariel Sharon voudrait bien voir également disparaître la menace représentée au sud du Liban par le Hezbollah, le mouvement chiite libanais armé «sponsorisé» par la Syrie et l'Iran. C'est ce que doit expliquer à Washington le conseiller national de sécurité d'Ariel Sharon, Ephraïm Halévy, ex-chef du Mossad, les services de renseignements israéliens. Il y a deux jours, devant un parterre d'étudiants, le général Amos Gilad, «explicateur national» du conflit irakien, a donné une idée des aspirations israéliennes. Pour le général, il y a une occasion à saisir : «La chute de Saddam Hussein a une importance énorme pour Israël. Sa défaite a privé la Syrie d'une profondeur stratégique. Bachar el-Assad est isolé. Maintenant, il faut que des changements interviennent en Syrie».

Le ministre de la Défense Shaul Mofaz a renouvelé pour sa part, hier, l'accusation israélienne portée contre la Syrie de stocker des armes pour le compte de l'Irak. «Les transferts d'armes d'Irak vers la Syrie montrent son côté dangereux.»

De quelle «changements» parlent les responsables israéliens ? Les dirigeants restent évasifs et s'en remettent aux Etats-Unis. Ariel Sharon est satisfait de voir, avec les pressions américaines, l'émergence de ce «nouveau Proche-Orient» qu'Israël attendait après la victoire américaine. La Syrie reste une épine dans le pied d'Israël. Il y eut d'abord l'échec d'Ehud Barak à conclure la paix avec Damas en 1999, puis la disparition de Hafez el-Assad en juin 2000, après trente ans de règne. Mais, aujourd'hui, on en est à regretter ce leader pragmatique. «Il savait la plupart du temps où étaient les limites à ne pas franchir», confie un membre de la sphère sécuritaire.

Depuis, c'est l'inconnu. Israël ne sait toujours pas sur quel pied danser avec le président Bachar el-Assad, âgé de 37 ans. Docteur en ophtalmologie, ce jeune homme dégingandé a dû recevoir une formation accélérée pour s'asseoir dans un fauteuil destiné à son frère aîné Bassel, disparu accidentellement en 1994.

Selon les services israéliens, Bachar cherche toujours à s'affirmer en Syrie et dans le monde arabe. Le Hezbollah et la cause palestinienne, assurent les spécialistes, lui servent de drapeau et de caution. «C'est pour lui un moyen de se donner une stature de combattant», dit un analyste. «Pour la Syrie, le Hezbollah représente une source de légitimité, un moyen de combattre Israël sans en payer le prix», renchérit un haut responsable sécuritaire.

Ce jeu complexe a pourtant ses règles. Les spécialistes israéliens de la Syrie et du Liban savent que le Hezbollah, mouvement politique doté d'une petite armée bien équipée et entraînée, a ses propres intérêts et ses propres limites. «Depuis que nous avons quitté unilatéralement le sud du Liban en mai 2000, ils doivent trouver de nouveaux prétextes pour maintenir leur identité de parti du Djihad contre Israël, poursuit le spécialiste. Mais c'est difficile dans un environnement mondial où le terrorisme ne passe plus.»

Le parti chiite, resté inactif après le retrait israélien, a repris du service avec le début de l'intifada en septembre 2000. La révolte palestinienne a alimenté une rhétorique enflammée, en même temps que le Hezbollah multipliait les attaques contre la frontière israélienne, mais en respectant la plupart du temps un schéma précis. Le Hezbollah, estime une analyse du Centre d'études stratégiques Jaffee, un organisme indépendant réputé, doit aussi prendre en compte son statut dans la société libanaise : «Il n'a aucun intérêt à apparaître comme la cause de représailles israéliennes massives contre le Liban». La plupart des bombardements se déroulent dans la zone des «Fermes de Shebaa», une zone réduite qui a acquis le statut de territoire disputé grâce à sa revendication par le Liban.

Israël a réagi en avril 2001, en frappant des radars syriens au Liban. Mais l'État hébreu observe lui aussi une certaine retenue. Israël n'a pas ouvert de nouveau front, même quand le Hezbollah a kidnappé trois soldats, toujours portés disparus. Le jeu se complique encore avec l'intervention de l'Iran, l'autre parrain du mouvement. Téhéran, qui souhaite également entretenir un foyer anti-israélien par Hezbollah interposé, ne veut pas non plus d'un conflit ouvert. En avril 2002, le ministre des Affaires étrangères iranien, Kamal Kharazi, a fait le voyage de Beyrouth pour demander au Hezbollah de baisser d'un ton...

Selon Israël, le contrôle des deux parrains n'est pourtant jamais total. Bachar el-Assad aurait moins d'autorité que son père sur le mouvement chiite et ne saurait pas toujours distinguer les «lignes rouges». La Syrie aurait fourni au Hezbollah des dizaines de missiles portant à 50 et à 70 kilomètres, menaçant plusieurs villes israéliennes. C'est ce jeu dangereux du «jusqu'où aller trop loin» qui pourrait être remis en cause dans le cadre de l'après-guerre d'Irak.


 


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